samedi 19 avril 2008

chapitre 3 (Natella)

Elle s'était donc moquée de lui....A raconter une histoire à dormir debout, à faire pleurer les chaumières....Sa bonté le perdrait...Ah, elle est belle la chanson : « Il rentrait chez lui, là haut vers le brouillard, Elle descendait dans le midi.... C'est un beau roman, c'est une belle histoire..... ».Pour une histoire, c'en était une!.......Voilà où en étaient les réflexions de Bernard.

La Bugatti, elle n'avait jamais semblé en meilleur forme. La voilà qui roulait à 60km/h, à croire que seule la voiture était enchantée par cette rencontre. Bernard bougonnait dans son coin, la voiture avançait comme jamais, et à coté de lui bien harnaché dans sa bouée, la vieille dame resplendissait d'un sourire fier d'avoir réussi son coup. Grâce à Bernard, son Amédé n'était plus qu'à quelques kilomètres.

Après quelque heures de route dans un silence de plomb, la vieille dame recommença a se plaindre. La bouée la faisait souffrir du dos, d'ailleurs on n’a pas idée de recevoir une vieille femme de son rang, dans ces conditions, et puis il commençait sérieusement à faire froid. Bernard commençait lui aussi à fatiguer, les frasques de ses derniers jours se faisaient ressentir, les émotions de la journée n'arrangeaient rien. Seule la Bugatti semblait vouloir continuer.

Il était temps de s'arrêter....

- Nous allons nous arrêter pour la nuit.

- Oui mais pas sur une aire d'autoroute, j'ai besoin d'un bon repas et d'un bon lit!

- Ne vous inquiétez pas, je comptais quitter l'autoroute et nous trouver un bon resto routier.

- Un routier, mais vous n'y pensait pas! Jamais je ne mettrais les pieds dans un tel endroit! Il faudrait me droguer pour que j'y aille!

- Ca peut être une solution, si après je suis sûr d'être accompagné d'une dame agréable, souriante, et surtout sincère!!!

- Moquez-vous Monsieur, moquez-vous! A ma place vous auriez racontez la même histoire. Parce que de nos jours il n'y a que la pitié qui rend les gens charitable. De mon temps, nous...

- De votre temps, on sait, c'était mieux...Pour en revenir à l'endroit où dormir, je n'ai pas les finances pour vous payer le gîte et le couvert dans un quatre étoile. En plus pour deux personnes. Parce que quand on est en fugue, je suppose qu'on a ni liquide, ni chéquier et encore moins une carte bleue. Alors ce sera routier avec bon repas et lit douillet, ou sandwich et dodo avec la bouée sur une aire d'autoroute. A vous de choisir!

- Mon brave Monsieur, vous saurez qu'une fugue se prépare. J'ai avec moi tous ce qu'il faut pour nous payer une nuit dans un quatre étoile. Quittez cette satanée autoroute, et trouvons ce qu'il y a de mieux dans les villages des alentours.

- A vos ordres, ma chère.

Voilà donc qu’ils quittaient l'autoroute. Ils arrivaient dans un petit village paumé, où même le nom de la ville n'était pas indiqué, s'il y avait six habitants, c'était déjà un miracle. Alors un hôtel, il ne fallait pas rêver !

Ce n'est pas grave, la Bugatti avançait toujours aussi bien, alors ils trouveraient un peu plus loin. A peine Bernard, pensait-il cela, que des fumées bleues grises se mirent à sortir du moteur. La Bugatti commençait à brouter et n'allait pas tarder à s'arrêter définitivement.

- Arrêtons-nous ici, je vois une pancarte pour un hôtel restaurant sur cette espèce de place. De toute façon nous n'avons pas le choix, si on veut être dimanche dans le nord, vous avec vos amis, moi avec mon Amédé.

Après avoir batailler un bon moment pour sortir la vieille dame de la voiture et de la bouée, ils entrèrent dans cette espèce d'hôtel. Une fois à l'intérieur, le souffle leur en fût coupé! Ce n'était pas un hall d'un petit hôtel ringard de campagne, mais plus tôt, le hall d'un palais princier. Non d'un palais royal!!!

Tous deux se sentaient mal à l'aise dans ce lieu d'une beauté extravagante. Ne parlons pas de Bernard et son tee-shirt crasseux 62, ni de la combinaison à fleurs élimée et froissée que portait la vieille dame (choisie avec attention pour son histoire d'abandon!).

-Vous êtes bien sur de pouvoir nous offrir un tel palace?

-Oui, ne vous inquiétez pas, avant de partir j'ai viré mon livret A sur mon compte courant.

-Vous êtes sûr que ça suffira, parce qu’on peut toujours dormir dans la voiture.

-Je ne veux pas dormir dans cette voiture! J'ai 95 ans et je ne dormirais pas dans votre voiture! Je dispose de toutes les économies accumulées durement pendant une vie entière, c'est à dire de quoi nous payer un mois d'hôtel ici. Et puis si à 95 ans on ne peut pas profiter d'un tel lieu, à quoi bon! Allez demander deux chambres pour la nuit et renseignez- vous où l'on peut se restaurer.

Pendant que Bernard s'exécutait, la vieille femme se disait que vraiment elle avait eu raison de choisir l'homme du 62 comme victime. Car sans lui et sa voiture, jamais elle n'aurait pu visiter un tel endroit, encore moins y dormir. Qu'est ce qu'elle avait bien fait de fuguer avant d'être enfermer dans un mouroir loin de son Amédé! Elle en aurait des choses à raconter à son cher et tendre quand enfin ils se retrouveraient!

Perdu dans ces réflexions, elle ne vit pas Bernard s'approcher d'elle, et n'entendit pas non plus qu'il ne restait plus qu'une chambre de libre avec un lit double, mais que pour manger il n'y avait pas de problème. Elle répondit simplement oui.

Le repas fut merveilleux. Tout était un plaisir pour les yeux et les papilles. Ils essayèrent bien de se renseigner sur se qu'ils magnaient mais tous était si compliqué, la fatigue trop grande et puis qui voudrait vraiment savoir, qui les croiraient surtout.

La seule chose qu'ils désiraient maintenant, c'était d'aller se coucher et de repartir demain au plus tôt en direction du Nord.

Voilà que la vieille dame comprend enfin sa méprise, sur le pas de la porte elle vit son sac et celui de Bernard.

-Pourquoi vos affaires son t'elles dans ma chambre?

-Je vous ai expliqué tout à l'heure qu'il ne restait plus qu'une chambre de libre, et cela ne semblait pas vous poser de problème.

-Vous ne m'avez rien expliqué du tout, je m'en souviendrais, je ne suis pas encore sénile!

-............

- Pourquoi il ne reste qu'une chambre?

- Parce que le président Monsieur Sarkosy, et sa nouvelle femme Carla, on réservé l'hôtel en toute discrétion pour une nuit en incognito.

- Vous vous moquez de moi bien sur?

- Non, je vous promets que c'est la vérité.

- Et pourquoi, nous avons eu quand même droit à une chambre, si Monsieur le président avait réservé tout l'hôtel?

- Parce que j'ai raconté votre histoire.

- Quelle histoire?

- Pas la vraie ne vous inquiétez pas. J'ai raconté que votre famille s'était débrasée de vous sur une aire d'autoroute, que vous étiez désespérée, et que je ne pouvais décemment pas vous faire dormir dans la voiture après le choc que vous veniez de recevoir. Que ma voiture était en panne, qu'on avait eue de la chance d'arriver jusqu'ici. Que je vous emmène dans le nord, où se trouve votre maison. Que c'est la seule chose qui vous reste. Et après avoir expliquer au patron de l'hôtel que je ne pense pas que le Président de la république aimerait savoir qu'il n'avait pas offert le gîte à une vieille femme de 95 ans seule, abandonnée de tous et surtout désespérée, serait pour lui une très bonne publicité.

- Vous avez fais ça!!!!

- Ben oui, même que du coup il nous offre notre séjour gratuitement. Mais pour les chambres, afin de respecter les vœux du président, il n'a pu en libérer qu'une seule.

- ..................

- C'était ça ou la voiture, et puis on n’est pas bien là? Le lit est suffisamment grand pour qu'on puisse y dormir tous les deux sans se gêner, non?

- Non, non, non et non. Vous dormirez par terre. Prenez le couvre lit pour vous couvrir cette nuit.

- Je refuse de dormir par terre. Si vous faites ça, je m'en vais sur le champ, reprendre la route du nord et je vous laisse là loin de votre Amédé. On verra si vous retrouvez quelqu'un qui croira encore à vos histoires!!!

- Vous avez gagnez. Mais vous dormirez vraiment au bords du lit, vous vous ferez aussi petit que possible et surtout vous me laisserez.... euh...... tran....euh.....quille ......

- Ma petite dame il saurait peut être temps de vous préoccupé de savoir si je suis un pervers à vieille femme! Ca va faire six heures que nous sommes ensembles et seuls; alors franchement vous croyiez que c'est maintenant que j'irai profiter de vous dans un hôtel, avec du monde pour vous entendre crier alors que j'avais qu'a m'arrêter il y a quelques heures sur un route désertique! Non les vieille femmes ne m'ont jamais intéressé, je vous rends simplement service du mieux que je peux et de bon cœur en plus.

- Excusez-moi. Je ne voulais pas vous fâcher, c'était juste une angoisse de vieille femme bientôt sénile, je vous l'accorde.

- Dites maintenant que l'on se connaît beaucoup mieux, peut- être pourrais-je savoir votre prénom?

- Je suis madame Julie Gateau, mais mes amie m'appelle Lili.

- Moi c'est Bernard.

- Je vous souhaite une bonne nuit Bernard. Au fait, êtes-vous sûr que la voiture ira mieux demain?

- Oui ne vous inquiétez pas Lili, elle fait toujours ça et après du repos, elle et comme neuve. Bonne nuit.

La nuit fut courte pour tous les deux. Lili pensait à son Amédé qui lui manquait terriblement. Quand à Bernard, il avait réfléchit toute la nuit à une autre chanson, car celle qui l'avait accompagnée jusqu'à maintenant, était vraiment hors sujet.

Le lendemain matin, ils reprirent la route.

Lili était d'humeur radieuse (ce qui était un exploit), même l'enfilage compliqué dans la bouée l'avait fait rire. Bernard semblait avoir retrouvé sa jeunesse d’antan, un air de chanson au bord des lèvres. Quand à la Bugatti, elle avait redémarré comme si rien n'était.

Tous trois, était près à reprendre la route et à rouler cheveux au vent, jusqu'à Berk. Ils espéraient même arriver à destination un jour plus tôt, samedi en matinée, pourquoi pas! Suffisait juste de croiser les doigts pour que la Bugatti tienne ses promesses.

Durant les quelques kilomètres qui les séparaient de l'autoroute, ils commencèrent à se raconter leurs vies.

Bernard n'avait pas grand choses à raconter. Des petits boulots à droite à gauche. Des petites copines pas mal, mais qui n'avaient pas assez d'intérêt pour espérer une vie à deux. Une ribambelle de copains avec qui tout était prétexte à faire la fête. Enfin une vie de célibataire sans grand intérêt. Là, il remontait dans le nord, après avoir essayé de s'installer dans le sud, afin d'espérer rencontrer quelqu'une pour une vie à long terme. On lui avait dit que les filles du sud étaient particulièrement gentilles!.....Sauf que son patron ne lui avait pas laissé le temps, avant de le licencier, de rencontre la moindre nymphe.

Voilà le résumé de sa petite vie....Pas quoi fouetter un chat!!

Lili, elle avait plein de choses à raconter. Sa vie jusqu'à aujourd'hui était une succession d'aventures, toutes aussi délirantes les unes que les autres. Il lui faudrait plusieurs allers – retour Dijon Berk pour tout raconter à son nouvel ami. Parce que oui, maintenant, ils étaient amis non?

- Si, si, nous sommes amis.

Ils voient au loin le péage d'entrée de l'autoroute.

-Oui, on dirait même qu'il y a un barrage de police. Encore un enfant qui a été kidnappé!

-Ou une grand-mère lâchement abandonnée sur une aire d'autoroute par ses propres enfants. Hein Bernard!

-C'est marrant j'ai l'impression que quelqu'un m'a déjà raconté une telle histoire il ni a pas longtemps. Peut-être voulez vous qu'on aille leurs dire que ce n'est plus la peine de chercher, que vous n'êtes plus seule et désespérée....

-Vous ne pouvez pas éviter le barrage?

-Pourquoi, vous voulez que j'évite le barrage?

-Ca risque de nous retarder, et puis je n’ai jamais été copines avec la police.

-Désolé, mais là, on n’a pas le choix. Il y a au moins deux policiers à chaque caisse. N’empêche qu'il y a du se passer quelque chose de grave, car ce n’est pas normal qu'ils soient si nombreux!

-Faites demi tour! Prenez la route! Je ne sais pas, mais je ne peux pas me faire voir par la police! Trouvez une solution! Faites.....faites..... Pas la police.......oh non!!!!!!!!!

- Monsieur, bonjour, papiers s'il vous plait.

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