jeudi 29 mai 2008

Chapitre 6 ( Nicole la castafiore !)

« Il était mort quelques jours après que nous ayons été séparé ; il n’a pas supporté le vide que je laissais. Je l’ai su par l’aide soignante à qui j’avais donné subrepticement le numéro de téléphone, de ma fille. Être loin de celui qu’on aime, pour être « enfermée », avec un enfant de 30 ans, autiste ; on peut aisément comprendre que l’on rêve forcément d’une autre fin de vie. Et puis tu m’embêtes à la fin avec toutes ces questions. Le tour de barque c’est parce que l’on en a toujours eu envie. On s’était promis de le faire avant de « passer de l’autre côté ». Aujourd’hui je le fais en son nom, au nom de notre amour !... Satisfait ? »

Le silence qui s’en suivit fut lourd et beau à la fois. Bernard se sentait complètement impuissant devant une telle démonstration. Il comprit la détermination de cette vieille femme. Leur balade au fil de l’eau se fit sans un mot, mais très souvent Bernard pouvait entendre les imperceptibles sanglots de Lili. Il décida de ne pas intervenir et de laisser vivre ces moments seule, qui lui faisaient tant plaisir et tant mal à la fois. Il savait qu’elle aurait donné n’importe quoi pour être avec son Amédé. Maintenant elle était calme, les yeux mis clos, un léger sourire aux coins des lèvres. Elle était avec son « homme », c’est sûr. Pour rien au monde Bernard n’aurait rompu le charme. Il la regardait tendrement, il trouvait même qu’elle était belle, comme si elle avait rajeuni d’un coup. Avec la tombée de la nuit, les rayons du soleil dans les cheveux lui donnaient un air apaisé souverain. Pour la première fois, il la voyait différemment. Mais dés qu’elle ouvrit les yeux, son regard se fit hagard et résigné à la fois. Bernard essaya à plusieurs reprises de la sortir de sa torpeur, en vain. C’est au moment où ils accostèrent qu’elle reprit ses esprits. Après toutes ces émotions ils décidèrent d’aller dans un bon restaurant, non loin de là. Ils dînèrent, en prenant leur temps, sans s’en apercevoir. C’est lorsqu’on leur apporta l’addition qu’ils comprirent qu’ils étaient les derniers et qu’il fallait partir. Maintenant ils devaient se mettre en quête de trouver de quoi dormir. Le maître d’hôtel qui les observait du coin de l’œil remarqua leur embarras et décida de leur venir en aide.

« Si je puis vous aider, vous avez un hôtel pas très loin d’ici, à 15 minutes. Vous restez sur la rue principale et à la sortie du village, vous tournez à droite et c’est à 10 kilomètres à peine. »

Après l’avoir remercié Bernard et Lili reprirent la voiture rouge utopie. Ce soir elle était capricieuse et avait du mal à démarrer. Au bout de quelques minutes elle se décida enfin à partir. Soulagement de notre couple atypique, qui n’avait pas envie de rester coincé là. Ils trouvèrent facilement l’adresse. Il faut dire que la lune leur servait de réverbère, tellement elle était brillante et ronde. Cela sentait bon, sur cette petite route de campagne ; les grenouilles et les crapauds chantaient à tue tête. Bernard et Lili étaient enveloppés d’une drôle de mélodie, assourdissante, complètement irréelle. Puis au détour du tournant, qui n’en finissait pas, une grande bâtisse se dressait devant eux. Tout paraissait surnaturel, comme sorti de nulle part. Très vite ils redescendirent sur terre, l’interphone était là, il fallait montrer patte blanche. Après s’être identifiés et demander s’il restait des chambres, le portail s’ouvrit sur un immense parc, où l’on pouvait deviner des arbres centenaires (vu la grosseur des troncs) et des parterres de fleurs, mais là savoir lesquelles était impossible, vu la pénombre qui régnait, malgré la présence de la lune. Ils arrivèrent sur un perron digne d’un château. Bernard ne sachant où garer la voiture, se mit juste devant, cela l’amusa. Ils furent accueillis par un couple charmant, un sourire arborait leur visage.

« Vous avez fait bonne route ? »

« Oui, oui » répondit Bernard.

« Vous venez de loin ? » s’enquit la femme.

Et là Lili sortit de son silence et commença à maugréer : « en quoi cela vous regarde t-il ? Nous voulons une chambre chacun, vous en avez ou vous n’en n’avez pas ? Point final. On ne va pas passer un interrogatoire en bon et du forme pour dormir une nuit dans ce trou perdu ».

« Ne vous vexez pas, je vous prie d’excuser mon amie, nous sommes très fatigués et pas bien bavards » dit d’un ton gêné, Bernard.

« Je comprends », répondit l’hôtelière, de plus en plus piquée au vif « et puis vous n’êtes pas dans une chaîne, ni dans un relais routier ! ».

Sur ces mots elle ouvrit la première chambre. Et là Bernard et Lili restèrent sans voix. Ils se rendirent compte qu’ils avaient donné la carte bleue de Lili sans s’inquiéter du prix. Quand ils redescendirent remplir la fiche, Bernard regarda discrètement les tarifs et fut soulagé. C’était à peine plus cher que leur premier hôtel de luxe.

« Décidément » se dit-il « quel bonheur d’accompagner cette vieille femme un peu « borderline » parfois. Il ne faut pas que l’histoire de sa vie s’arrête là. Je vais lui changer les idées et je vais l’emmener quelque part où elle sera « déconnectée » ».

Sur ces paroles apaisantes Bernard s’endormit comme un loir, en pensant à ce que serait leur journée de demain.

Lili, elle on ne sait pas si elle dormait ou non. Ses yeux étaient entre ouverts mais elle n’était pas là, on devrait même dire : plus là. Son esprit était parti rejoindre Amédé ; il n’était plus très loin !... Elle espérait que ce gentil imbécile de Bernard, l’emmènerait, sans plus tarder, retrouver son Amour. Elle était tombée, avec lui, sur quelqu’un de sympathique, même avec son tee-shirt 62, son tatouage et sa bouée. « Il faisait tellement juvénile, mais tellement touchant ». Se dit-elle, un sourire au coin des lèvres. « La route fut agréable, avec lui, j’aurais pu trouver pire, je pourrais même continuer ces drôles de vacances avec lui, avec sa voiture capricieuse, mais quelle gueule. »

Sur ces bonnes paroles, Lili trouva enfin le sommeil et s’endormit, en se disant de bien profiter de cette dernière nuit, dans ce lit de rêve, et que demain tout serait fini, et tout recommencerait avec Amédé qui l’attendait.

Le lendemain Bernard était debout dés l’aurore. Il avait eu un flash, pendant la nuit. Il avait décidé, comme il ne pouvait se résoudre à la laisser partir, avec son Amédé, de l’emmener faire une virée à ...

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